Dégâts des eaux : plébiscitées par les propriétaires, les douches à l’italienne font grimper les sinistres en copropriété
ParAnne Rovan
Selon une étude récente de l’Agence qualité construction, les sinistres liés à cet équipement sanitaire ont fortement augmenté, qu’il s’agisse des logements neufs ou rénovés.
Il suffit de se promener dans les magasins de bricolage ou les enseignes spécialisées dans l’équipement de la salle de bain pour prendre la mesure du phénomène : les douches à l’italienne, c’est-à-dire sans marche ou ressaut, ont le vent en poupe. Elles sont, effectivement, plus esthétiques que les traditionnels receveurs de douche surélevés et bien mieux adaptées au vieillissement de la population alors que la grande majorité des seniors souhaitent rester le plus longtemps possible chez eux. Grâce à la douche à l’italienne, il n’y a plus de marche à monter pour se laver, ou alors elle est de quelques centimètres seulement. Dans le neuf, ces douches de plain-pied ne sont pas une lubie des promoteurs. Elles répondent à une obligation qui a commencé à s’imposer à partir de juillet 2020.
Seulement voilà, la douche à l’italienne fait aussi de plus en plus de dégâts dans les logements collectifs. À la clé, des dégâts des eaux, le cauchemar des propriétaires et locataires. C’est une des principales conclusions de l’édition 2026 de l’Observatoire de la qualité de la construction. Cette enquête publiée chaque année par l’Agence qualité construction (AQC), une association reconnue d’intérêt général conçu comme «un lieu neutre d’échanges et de travail pour la filière bâtiment» qui a pour mission «la prévention des désordres dans la construction, la promotion de la qualité du bâtiment, ainsi que la diffusion des bonnes pratiques auprès de l’ensemble des acteurs de la filière».
La mise en garde prémonitoire des promoteurs
Selon cette étude, les installations sanitaires en général, et les douches à l’italienne en particulier, sont en tête des sinistres donnant lieu à mise en œuvre de la garantie décennale dans le logement collectif neuf, avec 10,7 % du total de début 2023 à fin 2025, suivi par les fenêtres et portes-fenêtres traditionnelles extérieures (8,5 % sur la même période), les réseaux d’eau intérieurs du bâtiment (7 %) et les revêtements de sol intérieur (également 7 %). Voilà qui n’étonnera ni la Fédération française du bâtiment (FFB), ni la Fédération des promoteurs immobiliers. Les deux syndicats professionnels avaient mis en garde les pouvoirs publics dès 2020.
Les experts cités dans le rapport mettent toutefois les pieds dans le plat, pointant le secteur du bâtiment qui a aussi sa responsabilité, ces équipements n’étant pas toujours installés dans les règles de l’art. «Les défauts de calage et l’introduction des bacs à douche sans ressaut portent une part importante de cette tendance», commente Abed Berrabah, responsable de l’équipe Offres Entreprise au sein de MMA Assurances.« La mise en œuvre de douches sans ressaut ou à faible ressaut, qui a augmenté pour des questions d’accessibilités, est une source fréquente de fuites et d’infiltrations»,indiquait déjà dans la précédente étude de 2025 Johan Dutheil, référent technique construction de Groupama Assurances.
Quoique en retrait, les données sont tout aussi alarmantes pour les maisons neuves. Les sinistres liés aux sanitaires ont augmenté de façon spectaculaire depuis 30 ans. Cantonnée sous les 3 % jusqu’au milieu des années 2010, la sinistralité a ensuite explosé, passant à un peu plus de 6 % sur la période 2016-2025 puis à 7,7 % entre 2023 et 2025. Là encore, les bacs à douche de plain-pied sont pointés.
Rénovations problématiques
Voilà pour ce qui est de l’immobilier neuf. Et ce n’est guère mieux dans la rénovation où les douches à l’italienne commencent à faire des dégâts dans les logements collectifs à mesure que les anciennes baignoires ou les douches classiques avec marche haute sont remplacées. Si les toits terrasses sont en haut du classement avec 10,8 % des sinistres, les équipements sanitaires sont dans le top 3 des sinistres avec 7,7 % du total, en forte augmentation depuis 2015.
Les problèmes liés à cet équipement sanitaire sont tels que l’AQC lui a consacré en 2024 une étude à part entière, rappelant au passage les bonnes pratiques d’installation. On y apprend notamment que «le défaut de fixation ou de calage du receveur concentre 28 % des désordres et représente un coût moyen de réparation de 25.725 euros. De même, le défaut d’étanchéité des joints périphériques est à l’origine de de 23 % des désordres pour un coût moyen de réparation qui s’élève à 16.752 euros». Autant dire que le développement des douches à l’italienne n’est pas une bonne nouvelle pour les assureurs.